Quand je donne un cours de kintsugi traditionnel il y a plusieurs choses qui sont importantes pour moi.
Tout d’abord l’accueil. Je suis complétement à votre écoute et je vous propose en premier un voyage au pays du thé. Je vous fais une cérémonie (le gonfu cha) pour découvrir un thé d’exception et se poser dans l’espace et dans le temps. Car le temps est le deuxième ingrédient précieux du kintsugi.
Ensuite il y a le matériel. Pratiquement tout vient du Japon. J’ai essayé de trouver des produits ou des outils ici, mais il n’y a pas grand-chose d’intéressant. J’ai fait les magasins, les spécialistes, les importateurs, mais je n’ai rien découvert qui ne remplace ce qui vient du Japon.
L’urushi, le premier produit, le plus précieux (oui, oui, plus que l’or !), vient du Japon. C’est la sève d’un arbre (le toxicodendron vernicifluum). Et la plante meurt de cette récolte. Il faut que le végétal ait 20ans avant de pouvoir lui prendre sa sève. Ensuite l’arbre est coupé et il faut attendre au moins 12 ans avant de pouvoir prendre la sève de sa repousse. Cela donne, pour moi, une valeur sacrée à ce produit, l’urushi.
De plus, à la suite de tremblements de terre, des plantations entières ont été détruites.
Depuis 1952, le gouvernement japonais a décidé d’utiliser de l’urushi japonais pour toutes les réparations d’objets muséaux. Alors l’urushi japonais est rare et coûteux !
Les pinceaux. J’essaye depuis plusieurs années de remplacer les pinceaux japonais par des pinceaux d’ici, mais je n’ai pas (encore ?) trouvé un équivalent.
L’or (24 carats) utilisé pour le keshifun (la pose de l’or la plus courante), est de la poudre de feuilles d’or. Celle-ci est moulue puis tamisée à la grandeur désirée pour cette technique. Il n’y a qu’au Japon que j’ai trouvé cet or.
Je ne vous raconte pas le prix des pierres ou papiers à poncer, des tubes en bambou pour filtrer le métal ni des petits poids pour tenir le papier contenant l’or ou l’agent.
Je ne vous ai pas encore parlé de mes formations !
En Suisse, à Bruxelles, au Japon. Mes 10 années d’expériences, mes essais – réussis et ratés – sur différents matériaux, mes réparations pour d’autres.
Alors, oui le kintsugi traditionnel est onéreux, et en même temps, être en contact avec des gestes ancestraux, avec une manière de faire, avec une technique qui rend hommage aux objets utilisés, cassés ou usés, au temps passé à apprendre, à essayer, à découvrir, tout cela donne une valeur inestimable à cette technique.
Le kintsugi parle de vie, de fracas, de difficultés, mais aussi de résurrection, de joie, de réparation (intérieure ou d’objets). Il nous montre la valeur du temps qui passe, du temps à créer les objets. Du temps à les utiliser et du temps à leur donner pour qu’ils aient une deuxième vie.
Le kintsugi parle de ma vie, et de la vôtre et ça, ça n’a pas de prix.