Devenir art-thérapeute ne consiste pas simplement à aimer peindre, dessiner, modeler ou accompagner les autres. L’art-thérapie est une véritable pratique professionnelle, qui demande des compétences thérapeutiques, artistiques et relationnelles, mais aussi une formation exigeante.
En Suisse, la profession bénéficie d’un cadre structuré qui peut conduire au titre d’art-thérapeute avec diplôme fédéral. Et lorsqu’on souhaite ensuite exercer en cabinet, une autre question se pose rapidement : comment obtenir une reconnaissance permettant à certains patients de faire rembourser leurs séances par leur assurance complémentaire ?
Formation, certificat de branche, diplôme fédéral, OdA ARTECURA, RME, ASCA… Pour une personne qui envisage une reconversion, il n’est pas toujours facile de s’y retrouver.
Voici donc comment fonctionne le parcours pour devenir art-thérapeute en Suisse, et les points auxquels je vous conseille d’être particulièrement attentif avant de choisir une formation.
Art-thérapeute en Suisse : une profession reconnue
La Suisse dispose d’un cadre professionnel particulièrement structuré pour l’art-thérapie.
Depuis 2011, il existe un diplôme fédéral d’art-thérapeute. L’Examen professionnel supérieur d’art-thérapie (EPS-AT) est organisé par l’OdA ARTECURA, l’Organisation du monde du travail pour l’art-thérapie, sous la surveillance du Secrétariat d’État à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI).
La réussite de cet examen permet de porter le titre protégé d’art-thérapeute avec diplôme fédéral.
Pour comprendre précisément le profil professionnel, les différentes spécialisations, les conditions d’admission et l’examen, je vous recommande de consulter directement le site officiel de l’OdA ARTECURA.
L’art-thérapie reconnue dans ce cadre comprend cinq spécialisations :
- thérapie à médiation plastique et visuelle ;
- musicothérapie ;
- thérapie par le mouvement et la danse ;
- thérapie par le drame et la parole ;
- thérapie intermédiale.
Le RME – Registre de Médecine Empirique reprend également ces cinq spécialisations dans sa présentation officielle de l’art-thérapie.
Quelle formation faut-il suivre pour devenir art-thérapeute ?
Il n’existe pas une seule école ni une seule manière d’aborder l’art-thérapie.
En revanche, si votre objectif est d’en faire votre métier et éventuellement d’obtenir le diplôme fédéral, le choix de la formation est déterminant.
Le parcours conduisant au diplôme fédéral est organisé de manière modulaire. Les différents modules permettent d’acquérir progressivement les compétences professionnelles nécessaires et d’obtenir les attestations requises pour poursuivre le parcours.
La formation ne consiste évidemment pas uniquement à apprendre des techniques créatives.
Elle porte sur la pratique de l’art-thérapie, la relation thérapeutique, la compréhension de la personne accompagnée, le cadre professionnel, les connaissances nécessaires à l’exercice du métier, la pratique clinique, le travail personnel et la supervision.
La connaissance d’un médium artistique ne suffit donc pas à faire de quelqu’un un art-thérapeute.
C’est un point important lorsque vous comparez les formations : une formation à une technique créative ou à une méthode de développement personnel n’est pas nécessairement une formation professionnelle d’art-thérapeute.
Le certificat de branche et le diplôme fédéral : quelle différence ?
C’est une distinction importante à comprendre.
Le certificat de branche OdA ARTECURA constitue une qualification professionnelle reconnue dans le parcours de l’art-thérapie. Il ne doit toutefois pas être confondu avec le diplôme fédéral.
Le RME distingue d’ailleurs explicitement plusieurs situations professionnelles en art-thérapie :
- art-thérapeute avec diplôme fédéral ;
- thérapeute avec un Certificat de branche de l’OdA ARTECURA ;
- thérapeute en voie vers le diplôme fédéral ;
- thérapeute disposant d’une formation répondant au standard de méthode du RME.
Vous pouvez consulter ces différentes qualifications sur la page officielle du RME consacrée à l’art-thérapie.
Autrement dit, lorsqu’une école vous annonce une formation « certifiante », demandez toujours :
Quel certificat vais-je exactement obtenir ?
Et surtout :
Cette formation s’inscrit-elle dans le parcours permettant d’accéder au diplôme fédéral ?
Le mot « certifié » peut recouvrir des réalités très différentes.
Thérapie personnelle et supervision : pourquoi sont-elles indispensables ?
C’est un aspect du métier que je trouve particulièrement important.
Avant d’accompagner les autres, un thérapeute doit aussi avoir travaillé sur sa propre posture, ses réactions, ses limites et ce qui peut se jouer dans la relation thérapeutique.
L’expérience personnelle de l’art-thérapie, le travail sur soi et la supervision font ainsi partie du parcours professionnel.
Ce ne sont pas de simples formalités destinées à obtenir un diplôme.
Elles permettent progressivement d’apprendre à distinguer ce qui appartient au patient de ce qui appartient au thérapeute, à prendre du recul sur les situations rencontrées et à construire une posture professionnelle.
Pour moi, c’est précisément ce qui fait la différence entre connaître des outils créatifs et savoir accompagner thérapeutiquement une personne avec ces outils.
Peut-on devenir art-thérapeute après une reconversion professionnelle ?
Oui.
L’art-thérapie attire d’ailleurs de nombreuses personnes qui ont déjà exercé une première profession.
Mais avant de s’inscrire dans une école, il faut regarder les conditions permettant à terme d’accéder aux différentes qualifications professionnelles.
Le parcours antérieur, les diplômes déjà obtenus et l’expérience professionnelle peuvent avoir leur importance.
C’est pourquoi je conseille de vérifier son admissibilité avant de s’engager financièrement dans plusieurs années de formation.
Si votre objectif est le diplôme fédéral, le meilleur réflexe consiste à consulter les conditions actualisées auprès de l’OdA ARTECURA et à demander à l’établissement de formation de vous expliquer noir sur blanc à quelle qualification son cursus conduit.
Comment obtenir le diplôme fédéral d’art-thérapeute ?
Le diplôme fédéral représente l’aboutissement du parcours professionnel supérieur.
Lorsque la formation, les modules, l’expérience et les autres conditions d’admission requises sont réunis, le candidat peut se présenter à l’Examen professionnel supérieur d’art-thérapie (EPS-AT) organisé par l’OdA ARTECURA.
Cet examen ne vérifie pas simplement des connaissances théoriques.
Il vise à déterminer si la personne possède les compétences nécessaires pour exercer l’art-thérapie de manière autonome, professionnelle et responsable.
La réussite permet d’obtenir le titre d’art-thérapeute avec diplôme fédéral.
Il existe donc une différence importante entre :
avoir suivi une formation en art-thérapie,
avoir obtenu un certificat de branche,
et être titulaire du diplôme fédéral d’art-thérapeute.
Ce sont trois formulations que l’on voit parfois utilisées comme si elles étaient interchangeables. Elles ne le sont pas.
Peut-on exercer sans diplôme fédéral ?
C’est ici que les choses deviennent un peu plus complexes.
Toutes les personnes qui exercent l’art-thérapie en Suisse ne sont pas nécessairement titulaires du diplôme fédéral.
Le RME reconnaît par exemple plusieurs voies de qualification en art-thérapie : le diplôme fédéral, le certificat de branche OdA ARTECURA, certaines situations de thérapeutes en voie vers le diplôme fédéral ou encore une formation répondant au standard de méthode du RME.
Mais il faut distinguer trois choses :
pouvoir exercer une activité,
posséder un titre professionnel fédéral,
et être reconnu par des assurances complémentaires.
L’une n’entraîne pas automatiquement les deux autres.
RME et ASCA : à quoi servent-ils ?
Si vous souhaitez ouvrir votre propre cabinet d’art-thérapie en Suisse, vous entendrez rapidement parler du RME et de la Fondation ASCA.
Il ne s’agit pas d’écoles et ces organismes ne délivrent pas le diplôme fédéral d’art-thérapeute.
Le RME – Registre de Médecine Empirique attribue un label de qualité aux thérapeutes qui remplissent ses critères. Pour obtenir cette certification, le thérapeute doit notamment justifier des compétences et qualifications demandées et continuer ensuite à satisfaire aux exigences du registre, notamment en matière de formation continue.
Vous pouvez consulter ici la procédure officielle pour demander le label de qualité RME.
La Fondation ASCA est un autre organisme suisse de reconnaissance des thérapeutes et des méthodes de santé complémentaires. Elle possède ses propres critères et procédures d’agrégation.
Les informations concernant les reconnaissances et le remboursement sont disponibles directement auprès de la Fondation ASCA.
Comment devenir art-thérapeute agréé pour être remboursé ?
C’est probablement l’une des questions les plus importantes lorsque l’on souhaite s’installer en cabinet.
Il faut d’abord corriger une idée reçue : ce n’est pas l’art-thérapeute qui décide que ses séances sont remboursables.
Pour faciliter la prise en charge de ses prestations par certaines assurances complémentaires, le professionnel peut notamment demander une reconnaissance auprès d’organismes tels que le RME ou l’ASCA, à condition de remplir leurs critères.
Pour le RME, la démarche passe par une procédure de certification. Le registre vérifie les qualifications et documents du thérapeute avant d’accorder son label de qualité. Il demande également aux professionnels certifiés de continuer à justifier du respect de ses exigences.
Pour l’art-thérapie, le RME permet notamment l’enregistrement des différentes spécialisations du diplôme fédéral d’art-thérapeute ainsi que des certificats de branche OdA ARTECURA correspondants.
C’est donc un élément à anticiper dès le choix de votre formation.
Si votre objectif est d’ouvrir un cabinet et de permettre à vos patients de solliciter un remboursement auprès de leur assurance complémentaire, demandez à votre école :
« Avec le diplôme ou certificat que vous me délivrez, pourrai-je demander une reconnaissance RME ou ASCA en art-thérapie ? »
Et demandez une réponse précise.
Être reconnu RME ou ASCA garantit-il le remboursement ?
Non, et c’est probablement le point le plus important à expliquer aux futurs thérapeutes comme aux patients.
Une reconnaissance du thérapeute ne signifie pas automatiquement que toutes les assurances rembourseront ses séances.
Les assureurs déterminent les méthodes, qualifications et thérapeutes qu’ils acceptent dans le cadre de leurs différents contrats d’assurance complémentaire.
Le RME publie d’ailleurs des informations permettant de rechercher les méthodes et qualifications prises en compte par différents assureurs. On constate que plusieurs assurances prennent en considération les qualifications d’art-thérapeute avec diplôme fédéral et, selon les produits, certains certificats de branche OdA ARTECURA.
Mais les conditions peuvent varier d’une assurance à l’autre et surtout d’un contrat à l’autre.
C’est pourquoi je conseille toujours à mes patients de vérifier avant le début de la thérapie si mes prestations sont prises en charge par leur assurance complémentaire.
L’assurance de base rembourse-t-elle l’art-thérapie ?
Dans le cadre d’une pratique privée indépendante, la prise en charge de l’art-thérapie concerne principalement les assurances complémentaires, et non automatiquement l’assurance obligatoire des soins.
Le remboursement dépend alors du contrat souscrit par le patient.
Selon l’assureur et le produit choisi, le montant remboursé, le pourcentage de prise en charge, le nombre de séances ou le plafond annuel peuvent être différents.
Deux personnes consultant exactement le même art-thérapeute peuvent donc avoir une prise en charge différente.
Le bon réflexe est très simple : avant de commencer les séances, contactez votre assurance complémentaire et demandez-lui si elle rembourse les prestations de l’art-thérapeute choisi.
Être remboursable n’est pas la même chose qu’être compétent
Il me semble essentiel d’insister sur ce point.
Une reconnaissance professionnelle ou par un registre constitue un repère important. Elle permet notamment de vérifier un certain nombre de critères de formation et de qualité et peut faciliter l’accès à l’art-thérapie grâce aux assurances complémentaires.
Mais elle ne résume pas, à elle seule, la qualité d’un thérapeute.
Lorsque je conseille une personne qui souhaite se former, je l’invite aussi à regarder ce qui ne tient pas sur une ligne de diplôme : la qualité de l’enseignement, la place donnée à la pratique, la supervision, le travail personnel, l’éthique, l’expérience des formateurs et surtout la manière dont l’école envisage la relation thérapeutique.
Un bon art-thérapeute ne se résume pas à une accumulation de techniques créatives.
Il apprend à observer, à écouter et à accueillir ce qui apparaît dans le processus créatif sans interpréter à la place de la personne.
Il apprend aussi ses limites.
Savoir quand accompagner, quand demander une supervision et quand orienter une personne vers un médecin, un psychiatre, un psychologue ou un autre professionnel fait pleinement partie de la responsabilité thérapeutique.
Comment choisir une formation en art-thérapie en Suisse ?
Si vous envisagez sérieusement cette profession, ne choisissez donc pas votre école uniquement parce qu’elle se trouve près de chez vous ou parce que son programme vous séduit.
Avant toute inscription, vérifiez plusieurs éléments :
- Quelle qualification exacte vais-je obtenir ?
- La formation est-elle compatible avec le parcours de l’OdA ARTECURA ?
- Permet-elle d’obtenir un certificat de branche ?
- Peut-elle conduire ensuite au diplôme fédéral ?
- Mon parcours professionnel actuel me permet-il d’accéder au cursus ?
- Quelle place est accordée à la pratique professionnelle ?
- Quelle expérience personnelle en thérapie est demandée ?
- Quelle supervision est prévue ?
- La qualification obtenue me permettra-t-elle de déposer une demande auprès du RME ou de l’ASCA ?
- Combien d’années faut-il réellement prévoir entre le début de ma formation et mon installation professionnelle ?
Pour vérifier les informations données par une école, ne vous contentez pas de sa documentation commerciale. Consultez également les organismes officiels :
OdA ARTECURA – formation et diplôme fédéral d’art-thérapeute
RME – informations officielles sur l’art-thérapie
RME – procédure pour obtenir le label de qualité
Fondation ASCA – reconnaissance des thérapeutes
Mon conseil avant de vous lancer
L’art-thérapie est une profession magnifique, mais exigeante.
On peut être attiré par ce métier parce que l’on aime l’art, parce que l’on a soi-même expérimenté la puissance de la création dans une période difficile ou parce que l’on ressent profondément le désir d’accompagner les autres.
C’est un excellent point de départ.
Mais ce n’est qu’un point de départ.
Se former à l’art-thérapie, c’est apprendre une profession thérapeutique. Cela demande du temps, de la pratique, du travail personnel, de la supervision et une réflexion constante sur sa posture.
Si votre objectif est d’en faire votre métier en Suisse, mon conseil est donc simple : pensez votre parcours jusqu’au bout avant même de choisir votre école.
Quelle qualification voulez-vous obtenir ? Souhaitez-vous aller jusqu’au diplôme fédéral ? Voulez-vous exercer en cabinet ? Souhaitez-vous obtenir une reconnaissance RME ou ASCA afin que vos patients puissent, selon leur contrat, demander le remboursement d’une partie de leurs séances ?
Ces questions peuvent sembler très administratives lorsque l’on rêve avant tout de devenir art-thérapeute.
Pourtant, se les poser au début peut vous éviter de découvrir, après plusieurs années de formation, que le cursus choisi ne permet pas d’atteindre l’objectif professionnel que vous aviez en tête.
Chez Kintsugido, l’art-thérapie est envisagée comme un véritable accompagnement thérapeutique, dans lequel la création devient un espace pour déposer, explorer, transformer et parfois reconstruire autrement ce que les mots seuls ne permettent pas d’exprimer.
Derrière cet espace de liberté créative se trouvent une formation, une éthique, une pratique et une posture professionnelle. Elles sont essentielles à la qualité de l’accompagnement.
Devenir art-thérapeute en Suisse : à retenir
Le parcours suisse peut conduire au titre d’art-thérapeute avec diplôme fédéral, après réussite de l’Examen professionnel supérieur organisé par l’OdA ARTECURA.
Le certificat de branche OdA ARTECURA et le diplôme fédéral sont deux qualifications différentes.
Les reconnaissances RME et ASCA sont encore autre chose : elles interviennent notamment dans le système de reconnaissance utilisé par les assurances complémentaires.
Enfin, être reconnu par un registre ne garantit jamais que toutes les séances seront remboursées. La prise en charge dépend de l’assureur, du produit d’assurance complémentaire souscrit et de ses conditions.
Avant de choisir une formation, prenez donc le temps de vérifier où elle vous mène réellement. C’est sans doute le meilleur conseil que je puisse donner à quelqu’un qui souhaite faire de l’art-thérapie son métier.