Résister avec de la joie
Il y a des jours où regarder le monde fait mal.
Les nouvelles s’accumulent. Les cris, les guerres, les injustices, les catastrophes. Tout semble nous inviter à la peur, à la colère ou au découragement.
Et je sens parfois cette tentation, moi aussi.
La tentation de me recroqueviller.
De fermer les volets.
De retourner me coucher en attendant que cela passe.
Puis je me rappelle une chose.
Si je laisse le désespoir prendre toute la place, il gagne deux fois.
Alors je choisis autre chose.
Je choisis de résister.
Pas en criant plus fort.
Pas en niant ce qui existe.
Mais en continuant à fabriquer de la beauté.
J’offre des paillettes dans les yeux des gens.
Je souris aux fleurs.
Je m’émerveille devant une éclipse, un coucher de soleil ou le vent qui fait danser les arbres.
Je crée des objets colorés.
Je répare des céramiques.
Je prends soin de ma maison.
Je prends soin de moi.
Tout cela peut sembler minuscule.
Et pourtant, je crois que c’est immense.
Chaque fois que nous choisissons la beauté plutôt que le cynisme, nous résistons.
Chaque fois que nous créons plutôt que de détruire, nous résistons.
Chaque fois que nous prenons soin de quelqu’un, de nous-mêmes ou d’un objet cassé, nous résistons.
Je ne parle pas d’une joie naïve qui fermerait les yeux sur la souffrance.
Je parle d’une joie courageuse.
Une joie qui connaît les blessures du monde et qui décide malgré tout de continuer à semer des graines de lumière.
Pour moi, cette joie est devenue une discipline.
Chaque matin, je me pose la même question :
Comment puis-je résister aujourd’hui ?
La réponse n’est jamais spectaculaire.
Parfois, c’est aller marcher dans la forêt.
Écouter les oiseaux.
Téléphoner à une personne seule.
Créer quelque chose avec mes mains.
Lire quelques pages d’un beau livre.
Rire avec une amie.
Planter une fleur.
Préparer un bon repas.
Éteindre les informations pendant quelques heures.
Réparer un bol au kintsugi.
Accueillir quelqu’un avec douceur.
Toutes ces petites choses ne changent peut-être pas le monde.
Mais elles changent notre manière d’habiter le monde.
Et cette manière-là est contagieuse.
La joie aussi se transmet.
La beauté aussi.
La douceur aussi.
Je crois profondément que notre époque a besoin de personnes qui continuent à créer alors que tout pousse à renoncer.
Qui continuent à aimer alors que tout pousse à se méfier.
Qui continuent à s’émerveiller alors que tout pousse à détourner le regard.
Alors aujourd’hui, je vous pose cette question.
Et vous… comment allez-vous résister aujourd’hui ?
Peut-être en offrant un sourire.
En réparant quelque chose.
En prenant soin d’une personne.
En regardant le ciel.
Ou simplement en décidant que, malgré tout, la beauté aura encore une place dans votre journée.
C’est ainsi, je crois, que nous changeons le monde.
La joie n’est pas un luxe, c’est un vrai acte de résistance.
Une joie à la fois.